ALLEGRA
 

Éditions de La Table Ronde

Coll. Vermillon

Parution : 07-01-16

 

192 pages

ISBN : 9782710378563

Code sodis : I23443

 

 

"Que de fois n’arrive-t-il pas, dans le cours de notre vie, que le mal que nous cherchons le plus à éviter, et qui nous paraît le plus terrible quand nous y sommes tombés, soit la porte de notre délivrance, l’unique moyen de sortir de notre affliction !"

                                                                   Daniel Defoe, Robinson Crusoë

Ce roman est né de la nouvelle Loop Road / Loop Road Reloaded, mise en ligne sur tierslivre.net et sur nerval.fr en 2013 et 2014.

 

 

 

 

 

 

 

Jack Chambers, The Hart of London (cliquer)

Marianne Grosjean, Tribune de Genève, 28-12-16

Annick Ferrant, Culture-Chronique, 12-12-16

Emmanuelle Caminade, L'Or des livres, 08-08-16

Jean-Louis Kuffer, Passion de lire, 16-07-16

Odile Habel, Paris Match, 07-07-16

Pierre Jeanneret, Domaine Public, 26-06-16

H.C. Dahlem, Ma collection de livres, 11-06-16

Jean-Marie Barnaud, remue.net, 05-06-16

Gilbert Salem, 24 Heures, 01-06-16

Marina Skalova, Viceversa Littérature, 05-05-16

Silvina Friera, Pagina 12, 19-04-16

Camille Thomine, Le Magazine littéraire, 15-03-16

Laura Sanchez, La Librairie francophone, 12-03-16

Sabine Huynh, La Nlle Quinzaine littéraire, 03-03-16

Christophe Sanchez, #SlowReading, 07-02-16

Philippe Leuckx, La Cause littéraire, 01-03-16

Julien Burri, L'Hebdo, 11-02-16

Francis Richard, Contrepoints, 06-02-16

Jean-Claude Lebrun, L'Humanité, 04-02-16

Antoni Casas Ros, facebook, 03-02-16

Lisbeth Koutchoumoff , Le Temps, 30-01-16

Marianne Grosjean, 24 Heures, 30-01-16

Marie-Josée Desvignes, La Cause littéraire, 13-01-16

Thierry Raboud, La Liberté, 09-01-16

Agathe Auproux, Livres Hebdo, 17-12-15

Olivier Mony, Livres Hebdo, 20-11-15

Londres, Regent's Park, juillet 2012

Londres, cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques, 27 juillet 2012 (cliquer)

Des frites écrasées, des confettis, entre mes pieds, sur les gradins. Londres s’ouvre et se referme, elle se contracte comme un muscle. Elle se jette dans la clameur de la foule. La cérémonie est orchestrée par Danny Boyle, le réalisateur de Trainspotting. Extravaganza ! Une fleur métallique se déploie, son cœur prend feu, la terre tremble. 10 000 bénévoles tournoient sur la piste. On voit des chaises et des lits géants, des seringues et des médecins aux proportions de dinosaures. Le public est béat.

Allegra, extrait, 2016

 

 

 

 

Anonymous, Londres, 2012

Ça charge à tout va. Les manifestants arrachent des lampadaires et les jettent sur les forces antiémeutes. Des gamins bondissent avec leurs étendards rouges et noirs, avant d’être avalés par un nuage de gaz lacrymogène. Quelqu’un balance un cocktail Molotov. Le feu prend dans l’herbe. Il prend sur l’asphalte, il court, il coule.

Allegra, extrait, 2016

Ford Mustang 1965 (cliquer)

Il fait nuit. La voie rapide plonge vers l’East End. J’accélère, plein vent. La Mustang gronde. À droite, à gauche, au-delà des glissières, l’existence ralentie des autres suit son cours entre les draps.

Allegra, extrait, 2016

Orford Ness, les Pagodes, 2012 (cliquer)

Une herbe rouge s’accroche au sol calcaire. Une barrière qui date du temps où la réserve était une base militaire, annonce DANGER — ZONE INTERDITE AU PUBLIC – ESSAIS NUCLÉAIRES. La barrière tape contre une butée en acier. Une peinture camouflage apparaît encore par plaques sur les élévations en béton couvertes de barbelés. Une fois la barrière franchie, la route se transforme en chemin. Les profondes entailles laissées par les chenilles des tanks courent en ligne droite jusqu’aux falaises.

 

Le vent forcit. Il soulève la poussière. Je roule essuie-glaces allumés. Les phares éclairent des masses mouvantes, tout ça flottant sur une surface barbouillée, uniforme. La Mustang tape et ferraille. L’espace continue à vibrer. Une haie, puis une autre, puis un arbre tordu, puis une sorte de forêt métallisée par l’effet de la lune. Soudain, les phares balaient une tête de cheval. L’animal a les yeux fermés, les oreilles en arrière. Il est attaché sous un abri, quatre piliers, un toit plat, une mangeoire grillagée. Il n’y a aucun bâtiment alentour. L’animal se balance avec les bourrasques. Sa crinière fouette son cou, son front, tourbillonne comme un essaim. Malgré le vent, on perçoit la basse profonde de l’océan. Soudain, le calme. La lune tombe sur une étendue givrée, aux profondes cassures. Voici le lieu du rendez-vous.

 

Allegra, extrait, 2016

Arles, chasse au cerf, 1978 (?) (cliquer)

On attend, on fait cercle. Désormais, ce sont des soupirs à blanc, un long souffle clair, puis une plainte à fendre l’âme, comme le gémissement d’un petit enfant. Silence. Vent. Le cerf s’abandonne. Les chiens se jettent, la mâchoire béante, et les hommes avec eux, le poignard levé. Avec d’autres enfants, je suis désormais assis à califourchon sur le cerf encore chaud. Ses bois sont accrochés dans les taillis, sa tête relevée. On prend une première photo. D’autres seront prises le lendemain, après avoir sorti le gibier de la chambre froide. À l’instant du flash, la forêt se dresse, puis retombe. Un instant, le souvenir me restitue ses couleurs, la plaie au flanc de cet animal. Au centre, la chair encore vivante saignait. Je me souviens aussi m’être dit que j’aurais un jour à rendre compte de cette mort.

Allegra, extrait, 2016

Londres, Oslo Court, entrée

J’ai eu de la peine à atteindre Oslo Court. Notre rue était barrée par un fourgon de Channel 4 et par une voiture de police arrêtée en travers de la chaussée. Les journalistes sont venus vers moi. J’ai baissé la radio. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là. Leur scanner avait intercepté un appel de détresse, mais on ne les laissait pas approcher. Ils ont voulu savoir si j’étais du quartier. Je n’ai pas répondu.

Allegra, extrait, 2016

 

 

Londres, Oslo Court, appartement

Béla Tarr, "Le Cheval de Turin", image tirée du film (cliquer)

Le ciel est blanc, la route est blanche, et ce qui existe au milieu, le cheval, le cocher, se débat dans la nuit. Le cheval ne peut pas faire un pas de plus. Tout se passe comme s’il ressentait un besoin urgent de mourir, mais qu’il continuait à vivre par la seule force du vent. La caméra s’attarde. Elle va, elle vient, légère, inquisitrice. Elle se pose, une veine, une croûte, apparaissent, puis à nouveau le ciel blanc, puis l’œil exorbité du cheval. La caméra balaie chaque centimètre carré, la bête, la route, les taillis tordus par les rafales, chaque branche qui frissonne comme une queue de crotale. La caméra s’éloigne avant de revenir au vieillard qui s’accroche à ses rênes avec l’énergie du désespoir. L’homme semble n’avoir qu’un bras. Il est plié sur ses genoux. De près, il ressemble à Hemingway, à Santiago, à ces vieillards délabrés, mais majestueux, au visage buriné, taché de barbe. Il lutte de toute la force de ses reins contre les éléments déchaînés. Ses efforts sont vains, bien sûr, aussi vains que l’acharnement du cheval.

Allegra, extrait, 2016

 

 

Arles, ancien Marché de la Boucherie

Londres, Edgware Road, "Little Beyrouth"

Londres, Edgware Road, Salaam Hotel, chambre

Londres, Edgware Road, cinéma (cliquer)

 

 

                    

 

                   

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